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Société Française de Pédiatrie

Souffle cardiaque de l'enfant

A quoi correspond un souffle cardiaque ?

Un souffle cardiaque est un bruit surajouté perçu au niveau du thorax par le médecin lors de l ‘auscultation . Ce bruit ressemble au souffle produit par la bouche à l’expiration de l’air, d’où son nom. Le terme  ‘souffle cardiaque’ n’a aucun lien avec l’essoufflement, terme qui traduit une difficulté pour respirer. Le souffle d’origine cardiaque est produit par des turbulences à l’écoulement du sang, soit à l’intérieur des cavités cardiaques , soit dans les  gros vaisseaux sortant ou arrivant au cœur. Dans la majorité des cas , ces turbulences surviennent au moment de la propulsion du sang vers les gros vaisseaux  (systole) , plus rarement pendant le remplissage du cœur (diastole). Les turbulences peuvent s’observer dans un cœur normal si la vitesse du sang est augmentée ( vitesse normale inférieure à 1.5 m/sec). En cas de pathologie cardiaque, le souffle traduit la présence de  flux sanguins anormaux circulant avec une vitesse élevée.

Quels sont les différents types de souffle ?

Les souffles organiques sont rares ( moins de 1% de la population pédiatrique ). Ils sont la conséquence d’une anomalie cardiovasculaire. En France, ils sont dus principalement à des malformations cardiovasculaires congénitales: fuite ou rétrécissement au niveau d’une valve cardiaque (aortique, mitrale, pulmonaire, tricuspide), communication anormale entre les cavités cardiaques gauches et les cavités droites (entre les oreillettes , les ventricules ou les gros vaisseaux), rétrécissement situé sur le trajet des grosses artères, épaississement anormal du muscle cardiaque. Les anomalies congénitales, présentes dès la naissance, sont détectées au cours des premiers mois de la vie dans la plupart des cas. Cependant, certaines malformations  passent inaperçues pendant longtemps et sont finalement diagnostiquées après plusieurs années  grâce à l’existence d’un souffle: c’est le cas notamment de la communication inter auriculaire, de la persistance du canal artériel et des anomalies qui s’accentuent avec le temps telles que les lésions obstructives du cœur gauche. Les atteintes valvulaires acquises après infection streptococcique sont devenues exceptionnelles car le rhumatisme articulaire aiguë a pratiquement disparu en France. Très souvent, c’est la constatation d’un souffle lors d’un examen systématique qui permet de découvrir une anomalie cardio-vasculaire jusque là méconnue. Les souffles organiques sont , en général, aisément identifiables à l’auscultation car ils ont des  caractères bien particuliers permettant de les distinguer des souffles fonctionnels.

Les souffles anorganiques (encore appelés innocents ou fonctionnels) sont très fréquents : ils seraient présents, à un moment ou à un autre,  chez plus de la moitié des enfants entre 3 ans et 15 ans , mais ils peuvent s’observer à tout âge. Plusieurs phénomènes expliquent leur plus grande fréquence chez les enfants par rapport aux adultes : vitesse du sang plus élevée, étroitesse de l’aorte, contact très proche des structures cardio-vasculaires et du stéthoscope du fait de la maigreur habituelle des enfants à cet âge . Ces souffles sont perçus chez des enfants en bonne santé apparente dont le cœur est anatomiquement et fonctionnellement normal. Certains caractères permettent de les identifier facilement : il s’agit de souffles isolés, de faible intensité, de brève durée, de timbre musical, variables dans le temps, pouvant disparaître complètement si l’enfant est en position debout et au repos (baisse du débit cardiaque) , augmentant au contraire à l’effort ou en cas de fièvre ( élévation du débit cardiaque). Les souffles anorganiques peuvent persister plusieurs années et finissent par disparaître , mais il est banal de les percevoir encore chez les adolescents ou les jeunes adultes.

Faut-il consulter un cardiologue ?

La découverte d’un souffle cardiaque chez un enfant est  une source d’inquiétude pour les parents , parfois pour le médecin. Il serait tentant de  pratiquer sans discernement des examens complémentaires dont le but serait uniquement de rassurer. Cette attitude est médicalement injustifiée et coûteuse pour la société .La décision de recourir à un avis spécialisé dépend avant tout du résultat de l’examen clinique pratiqué par le médecin.
En cas de souffle cardiaque paraissant organique, l’ avis d’un cardiologue connaissant la pathologie congénitale et la réalisation d’ examens simples tel que électrocardiogramme et échocardiographie suffisent à préciser l’anomalie en cause dans la majorité des cas.

Si le souffle cardiaque a les caractères d’un souffle anorganique , il est inutile de demander systématiquement un avis spécialisé . Celui-ci  est indiqué seulement si le médecin a un doute sur la nature bénigne du souffle, s’il existe des antécédents de pathologie cardiaque familiale ou si l’enfant a des symptômes compatibles avec  un problème cardiaque. Dans les autres cas, il faut expliquer l’origine du  souffle, rappeler sa fréquence élevée chez l’enfant, et rassurer en permettant la poursuite d’une vie normale.

Quelle attitude adopter vis à vis du sport ?

Si le souffle est organique, le cardiologue peut restreindre ou interdire les activités sportives selon la nature et la gravité de l’anomalie cardiovasculaire en cause. De nombreuses anomalies mineures sont , cependant , compatibles avec une activité sportive normale , y compris la compétition.

Dans le cas du souffle anorganique, le cœur est normal. Il n’y a aucune raison de limiter les exercices sportifs à l’école ou en compétition si l’enfant n’a jamais eu de symptômes à l’effort.

Alain Chantepie, Février 2004






Congrès des sociétés de pédiatrie, 6-9 juin 2012, Bordeaux

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